Commentaires
sur un article de :
La Libre
Belgique : Rubrique Economie/Musique – datée 11-12/01/2003
Titre de
l’article : « Les CD à graver vont être taxés »
Auteur : Patrick Van Campenhout
Hoeilaart, le 13 janvier 2003,
"Taxes sur les CD à graver : nous
sommes tous présumés …coupables"
Monsieur
Van Campenhout,
J’aurais
aimé réagir sur votre article dans La Libre du week-end du 11-12/01 (rubrique
économie/musique) concernant les taxes sur les CD à graver et autres supports
audio.
J’aurais
voulu apporter quelques rectifications et réflexions à votre article intitulé
« Les CD à graver vont être taxés. ». Bien que le projet vient de
passer le cap du conseil des ministres, il n’est jamais trop tard pour
contre-argumenter spécialement dans ce domaine qui me préoccupe et qui me
semble assez complexe et pas si évident que l’on voudrait bien nous le faire
croire.
Je partage
sincèrement un des objectifs du projet de taxation qui est la nécessité
d'établir un
juste
retour en rémunération des ayants droit. Il est en effet généralement reconnu
par les
juristes et
avocats spécialisés en droit d'auteur que
l'émergence des nouvelles technologies a
entraîné
une véritable dérive par rapport au droit d'auteur. Les nouvelles technologies
ont en effet fait naître la mythologie de l'accès gratuit à tous les
niveaux de la chaîne de production.
Par contre
je m’insurge contre le fait que pour garantir la rémunération des «auteurs», on
convient de
taxer de
facto tout support numérique permettant d'enregistrer des oeuvres.
La simple
utilisation d'outils numériques devient ainsi en soit un «manque à
gagner»
pour certaines professions, lorsqu'elle n'est pas soupçonnée
d'emblée de
favoriser la copie illégale et donc d'être du vol pur et
simple...
Et c'est, bien sûr, à l'utilisateur de payer !
Cette
logique simplificatrice, pour ne pas dire simpliste, laisse de côté un
certains
nombre d'éléments essentiels que je voudrais rappeler:
1)
Contrairement à ce que laisserait penser l'argumentation de l’industrie du
disque, les «outils numériques» ne sont pas de simples instruments à copier des
«oeuvres culturelles» mais, du moins en ce qui concerne l'informatique, des
outils de
production et de création. En quoi donc un utilisateur qui crée un logiciel,
une image ou des données, par exemple, et sauvegarderait son travail sur un
disque dur ou un CDR-Data serait-il redevable de «droits d'auteur» qui serait
définit par avance sous forme de taxe ?
2) Le
développement massif des supports numériques enregistrables, de type
CDR-Data ou
CD-Audio, n'a en aucun cas limité l'expansion du marché des CD
pré-enregistrés,
qu'il s'agisse de musique, de produits de loisirs ou encore
de
logiciels. Et ce malgré, effectivement, l'existence d'un phénomène
de «copie
illégale» qui sert régulièrement d'alibi pour imposer des formes
de contrôle
ou de taxation de tous les utilisateurs.
3) Ce type
de mesure à de tout temps, démontré son caractère largement
inopérant:
elle est très certainement condamnée à terme à être contournée
par le
développement d'un marché parallèle, d’ achats en ligne ou provenant de
pays
voisins, voir par des passe-droits pour certains secteurs économiques.
4) Faut-il
rappeler, enfin, que le modèle de développement du logiciel libre (tel que "Linux")
a démontré
que la viabilité économique et le respect du droit d'auteur,
comme du
droit des auteurs à vivre de leur travail, est largement compatible
avec la
liberté d'accès aux sources et ressources informatiques et avec la
mise en
pratique des principes de liberté et de communauté.
Avec le projet
de taxe de tous les supports numériques, une fois de plus, ce sont les
utilisateurs,
- ceux qui
utilisent les outils numériques dans un cadre professionnel ou
créatif-,
qui seront soumis à des réglementations et des taxations restrictives et
aveugles.
Après le
projet européen de tentative de brevetabilité des logiciels, la taxe sur les CD
Audio et Data et demain sans doute, avec le projet de taxation de tout support
numérique (disque dur, mémoires , etc.), nous
assistons à
la multiplication des tentatives de mise en coupes sombres des
formes de
production et de création immatérielles.
En espérant
avoir attiré votre attention sur un sujet sensible et parfois complexe.
Cordialement,
Claude
Mabille, s'exprimant ici en son nom propre.
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Claude
Mabille
Consultant
en Management ICT et en Produits et Services « Open Source »
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