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Le feu ASP couve sous la cendre
07-11-2003
Olivier Fabes


L'enthousiasme est retombé à propos des promesses du modèle ASP - ou fourniture de services applicatifs en ligne. Mais ce n'est pas parce qu'il ne fait plus les gros titres de la presse spécialisée, qu'il faut enterrer le concept.

L'intérêt reste vif, notamment dans le milieu universitaire. Une fois n'est pas coutume, nous vous présentons les conclusions de deux travaux-thèses, qui ont appréhendé la réalité ASP en Belgique.

Dans leurs travaux respectifs*, Nicolas Huskin et Claude Mabille ont défini les spécificités du modèle ASP (gestion des données à distance, nouveau mode de tarification) et les rôles des différents acteurs : des spécialistes ASP (avec une approche verticalisée ou généraliste) ou fournisseurs d'infrastructures en passant par les éditeurs de logiciels qui adaptent leur offre au canal ASP. "Dans ce modèle particulier, l'application est vue comme un service et non comme un bien, de sorte que l'utilisateur n'en est pas propriétaire. L'utilisateur aura donc accès via des technologies spécifiques ou via un navigateur Internet à des applications et des données hébergées sur un serveur, géré à partir d'un lieu central, plutôt que sur le site de chaque client," écrit Nicolas Huskin. Il ressort que l'acronyme ASP, comme celui de CRM par ailleurs, est un terme fourre-tout qui a parfois du mal à couvrir une réalité très complexe. "En essayant de donner une définition simple et complète de l'ASP, je me suis couvent confronté aux limitations liées au choix de l'anglicisme, qui risquent d'enfermer le modèle sous-jacent dans des marchés parfois restrictifs. Je pense pouvoir dire que le terme ASP est à ce jour mal choisi et nécessitera sans aucun doute une adaptation dans sa définition la plus générale," fait remarquer Claude Mabille. "L'avenir verra disparaître le terme ASP car il a été galvaudé et n'inspire plus la confiance," ose Nicolas Huskin. "On verra plutôt des termes plus compréhensibles et plus proches de ce qui finalement est sa vraie définition : l'outsourcing."
Leviers et freins
En se basant sur des interviews de divers fournisseurs (Porthus, ASP,be, Oracle, Fujitsu Siemens, Belgacom, Level 3, Interxion, etc), ainsi qu'avec quelques utilisateurs réels ou potentiels (Solvay, Avis, Swiss Life, ...), nos deux universitaires ont réalisé une synthèse bien utile des leviers (drivers) et freins à la percée des services applicatifs. Nous avons combiné le fruit de leurs recherches dans le tableau ci-joint.
Perspectives
Les deux études indiquent clairement que le poids des freins l'emporte toujours actuellement sur celui des leviers. "Le modèle en est toujours à ses débuts et l'avenir proche (ndlr: les années 2003 et 2004) s'annonce difficile," constate Nicolas Husquin. "Je dois avouer qu'à ce jour toutes les promesses de l'ASP n'ont pas été tenues, la réalité économique ayant sans aucun doute une très grande part de responsabilité mais elle n'est certainement pas la seule cause," écrit Claude Mabille, qui épingle, outre les freins mentionnés ci-contre, le jargon des fournisseurs et leur manque de positionnement clair.
Le modèle ASP ne doit toutefois certainement pas être enterré : "Les freins d'ordre technique ne sont pas infranchissables. Une fois la technique maîtrisée, les freins liés au business pourront être atténués. Pour contrer les puissants freins d'ordre psychologique, l'objectif sera d'éduquer et de sensibiliser le marché car nous avons vu qu'il était mal informé," conclut Nicolas Husquin. "Un nettoyage important a eu lieu au sein de la profession, qui a vu la disparition de nombreux acteurs belges. Nous sommes revenus à une certaine maturité du secteur, qui oblige les acteurs du modèle ASP à parfaitement se positionner par rapport aux demandes du client. L'ASP généraliste, capable de tout gérer, effraie plus qu'il ne rassure le client," fait remarquer Claude Mabille. "Ces mêmes clients montrent toutefois un intérêt grandissant pour le modèle ASP, en particulier quand l'entreprise est une PME aux moyens limités. (...) Il y a également une demande des entreprises exigeant des solutions verticales pour répondre à un besoin métier précis comme par exemple la gestion des ressources humaines, le secrétariat social ou la comptabilité. De toute évidence, et ce en partie à cause de la morosité économique actuelle, les grandes entreprises continuent à marquer leur intérêt. Mais ici, les acteurs ASP doivent mieux positionner leurs offres pour cadrer avec des besoins qui semblent être plus proches de l'externalisation que du modèle ASP vertical cité plus haut." Nicolas Huskin est d'un avis sensiblement différent quant à la cible première du modèle ASP : "Alors que le modèle est théoriquement adressé aux PME, ce seront les grandes entreprises qui, dans un premier temps, donneront l'exemple."

* - "Analyse et critique des business models des application service providers," Nicolas Huskin, mémoire présenté en vue de l'obtention du grade d'ingéneur de gestion à l'Ecole de Commerce Solvay (ULB), année académique 2001-2002
- "Le modèle ASP en Belgique," Claude Mabille, travail de fin de cycle en vue de l'obtention du diplôme spécial en commerce électronique (ICHEC-Entreprises), année académique 2001-2002, défendu le 26 septembre 2003.

Le modèle ASP en Belgique

Les leviers
Leviers techniques
- Accès à des technos plus évoluées (time to market)
- Réduction du temps d'implémentation
- Démo rapide et gratuite
- Transfert du risque
- Expertise technique
- Accès mobile

Leviers 'business'
- Manque de personnel IT
- Focalisation sur coeur de métier
- Structure de coûts avantageuse
- Adaptabilité
- Fiabilité


Les freins
Freins techniques
- Faiblesse du navigateur
- Dépendance par rapport au Net
- Sécurité
- Problèmes liés aux données
- Qualité de service
- Peu d'applications 'ASP ready'

Freins 'business'
- Nouveauté (décideur belge conservateur ?)
- Absence de solution complète
- Faiblesse des SLA
- Définition floue du concept
- Période de désinvestissement

Freins psychologiques
- Vie privée
- Confidentialité
- Partage ressources avec concurrents
- Dématérialisation

ASP aux Nations Unies
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), chargée de projets de développement dans quelque 140 pays, a annoncé récemment qu'elle allait migrer ses systèmes de gestion financière et des ressources humaines vers une solution ERP de PeopleSoft gérée en mode ASP. Le maître d'oeuvre est Unisys, qui fera appel en sous-traitance au fournisseur ASP Corio. Selon le magazine Computerworld, le contrat pour une durée de six ans a une valeur de 27,5 millions de dollars. "La décision de recourir à l'externalisation, via le modèle ASP, a été prise après avoir calculé que construire une solution en interne aurait coûté plus de 15 millions de dollars, rien que pour le matériel. Il faut y ajouter les licences logicielles. De plus, notre département IT n'avait pas les compétences pour gérer de tels systèmes," a déclaré le directeur informatique de la PNUD.




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